Viva Laldjerie
De : Nadir Moknèche Avec : Biyouna, Lubna Azabal, Nadia Kaci
Sortie France le : mercredi 7 avril 2004
France/Algérie, 2003, 1h53
sortie en France le 7 avril 2004
Voilà un film à la fois sombre et coloré qui, à travers son héroïne principale, une jeune femme pleine du désir de vivre libre, parle d’une Algérie vraie et contemporaine. D’une justesse rare et émouvante. |
A l’image d’un des personnages principaux qui cache un habit de danseuse au rouge écarlate et scintillant, sous une ample robe neutre, ce film cache sa douceur et sa joie de vivre dans une enveloppe de violente tristesse. Tristesse et colère sourde de ces jeunes femmes d’Algérie qui savent que porter une mini-jupe aujourd’hui, c’est se mettre en danger de mort. Comme dans la vraie vie, les barbus islamistes traversent le film en silence, ombres qui font frissonner au détour d’un escalier ou à l’ombre d’un porche.
Goucem est une jeune fille qui veut vivre en 2003 mais elle vit à Alger, oscillant sans cesse entre sa soif de liberté, son dégoût face à la lâcheté des hommes et la peur de mourir dans le quart d’heure qui suit. Elle vit à la pension Debussy où sa mère mange des pizzas devant la télé et où la voisine reçoit trop de cousins pour ne pas faire jaser.
La grande force de Viva Laldgerie est de donner une place à tous ceux qu’on ignore d’habitude quand on parle de l’Algérie : les putains, les homosexuels, les veuves qui aimeraient continuer à danser, les responsables corrompus, les pauvres qui profitent sans remord des plus faibles qu’eux, les nostalgiques d’une époque plus douce, plus libre, plus chaleureuse ; et tous ces jeunes qui aimeraient simplement vivre comme tous les autres jeunes du monde occidental qu’on voit à la télé. Goucem est écartelée entre son désir de vivre et la peur de mourir dans un attentat ; écartelée entre son décolleté outrancier et son foulard sombre ; écartelée entre son désir d’être aimée et la crainte d’être abusée.
Filmé de nos jours à Alger, et en langue française pour ne pas céder au politiquement correct qui voudrait imposer un arabe littéraire que personne ne parle dans les rues de la ville, Viva Laldgérie est éclatant et terrible. C’est un film qui dit la vie de tous les jours et les espoirs déçus, les colères des vieux et les aspirations des jeunes. C’est un film qui respire la vie à travers les orages de l’histoire.
Magali Van Reeth |
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